fol. 20r
Book two, chapter one: On the art of counterpoint

Depues que fuere algo suelto en echar dos semibreves, deve echar quatro minimas en este modo infra scrito. Y nota que de aqui adelante es menester este aviso para que todos los puntos del contrapunto se vean dentro de las çinquo reglas y quatro spaçios, por que no se puede bien cantar el contrapunto sino se vee por onde canta. Por lo qual es de saber que la primera linea de las çinco es el primer spacio, ora sea la de arriba ora la de abaxo; onde, quando la boz alta sube de la primera linea de arriba, luego se deve bolver el ojo al primer spacio de abaxo o a la segunda linea, por que de un semejante a otro el mismo juizio es; y al contrario la boz baxa, baxando la linea mas baxa, luego deve mirar a las lineas o spaçios altos por que en ellos hallara todos los sinos baxos.
Es aon de notar que las bozes altas y baxas deven usar de çiertos avisos, sin los quales andaran a çiegas: como si fuese boz alta y cantando sobre el canto llano abaxase de la octava del punto llano, deve entonçe tener aviso que la segunda de baxo es septima en alto y la terçera de baxo es sexta en alto y la quarta en baxo es quinta en alto y la 6a en baxo es terçera en alto; mas si mirando deste modo dieremos 5a en baxo, sepamos que es quarta en alto.
En otra contraria manera es en las bozes baxas, por que septima en alto es 2a en baxo y 6a en alto es terçera en baxo y 4a en alto es quinta en baxo y 3a en alto es sexta en baxo. Mas si cantando por baxo del canto llano, adonde estas cosas tienen verdad, echaremos 5a en alto, la tal quinta en alto es 4a en baxo. Esto sea dicho por que se vea mas claramente el menor punto que se echare sobre el canto llano, y por que todo se puede ver en los exemplos pasados y por venir, solo por letra se pondran [f. 20v] dos conformes a las bozes a que es neçesario.
Once you gain some fluency with two semibreves, you should continue with four minims, as shown below. And note that from now on, the following advice is necessary: all counterpoint notes must be inside the five lines and four spaces of the stave; because you cannot sing the counterpoint correctly if you do not see where you are singing. Therefore, you must know that the first of the five lines corresponds to the first space, whether it is the one at the top or the one at the bottom. Consequently, when the high voice moves higher than the upper line, one must immediately look either at the first space at the bottom, or the second line, because from one like another, the same judgment is made; and on the contrary, when the lowest voice moves below the lowest line, one must then look at the top lines or spaces, because all the low notes will be there. It should also be noted that high and low voices must follow certain advice without which they would go blindly: for example, when a high voice singing above the plainchant moves below it, you must realise that a second down equals a seventh up, a third down equals a sixth up, a fourth down equals a fifth up, and a sixth down equals a third up; moreover, if by looking thus we sing a fifth down, know that it equals a fourth up.
Low voices work the opposite way, as a seventh up equals a second down, a sixth up equals a third down, a fourth up equals a fifth down, and a third up equals a sixth down. Moreover, if while singing in a lower register than the plainchant, where all these things are true, we sing a fifth above it, such higher fifth is equal to a fourth below. I say this so that we can see more clearly the smaller [counterpoint] interval that is placed on the plainchant, and since everything can be seen in the preceding examples and those that will follow, we will only explain two in written form, [f. 20v] which are useful to the voices that need them.[^10]
Quand vous serez suffisamment à l’aise pour faire deux semi-brèves, vous devrez faire quatre minimes de la façon indiquée plus avant. Et remarquez que dorénavant, le conseil suivant est nécessaire : toutes les notes du contrepoint doivent être à l’intérieur de la portée à cinq lignes et quatre interlignes ; car on ne peut chanter correctement le contrepoint si l’on ne voit pas où l’on chante. Pour cela, il faut savoir que la première des cinq lignes correspond au premier interligne, qu’il s’agisse de celle d’en haut ou de celle d’en bas ; en conséquence, lorsque la voix aiguë sort de la ligne supérieure, on doit immédiatement porter son regard sur le premier interligne du bas, ou sur la seconde ligne, car d’un semblable à un autre, on porte le même jugement ; et au contraire, lorsque la voix grave descend sous la ligne la plus basse, on doit très vite regarder les lignes ou interlignes du dessus, parce qu’on y trouvera toutes les notes graves. Il faut encore remarquer que les voix aiguës et graves doivent suivre certains conseils sans lesquels elles iraient à l’aveuglette : par exemple, lorsqu’une voix aiguë chantant au-dessus du plain-chant passe à l’octave au-dessous de lui, elle doit faire attention au fait que la seconde inférieure équivaut à la septième supérieure, la tierce inférieure à la sixte supérieure, la quarte inférieure à la quinte supérieure, et la sixte inférieure à la tierce supérieure ; de plus, si en regardant ainsi nous chantons une quinte inférieure, sachons que c’est une quarte supérieure.
Les voix graves fonctionnent de manière contraire, car la septième supérieure équivaut à une seconde inférieure, la sixte supérieure à une tierce inférieure, la quarte supérieure à une quinte inférieure, et la tierce supérieure à une sixte inférieure. De plus, si en chantant sous le plain-chant, où toutes ces choses sont vraies, nous chantons une quinte au-dessus de lui, cette quinte sera comme une quarte au-dessous de lui. Je dis ceci afin que l’on voie plus clairement la moindre note de contrepoint qui se fait sur le plain-chant, et puisque que tout peut se voir dans les exemples précédents et ceux qui vont suivre, on en expliquera seulement deux qui sont utiles aux voix qui en ont besoin.
[^10]: Lusitano fait ici référence à une technique répandue dans toute l’Europe pendant très longtemps, que les Anglais appellent sight. Une longue explication de cette technique se trouve dans le traité de Pietro Cerone, El melopeo y maestro, pp. 577–580 (traité nº C12 ci-dessous). Ce sujet est également abordé dans la l’Introdutione facilissima de Lusitano (voir ci-dessous, pp. 353–54). [Lusitano refers here to a technique that was widespread throughout Europe for a very long time, which the English call sight. A long explanation of this technique can be found in Pietro Cerone’s treatise, El melopeo y maestro, pp. 577–580 (treatise nº c12 below). This subject is also dealt with in Lusitano’s Introdutione facilissima (see below, pp. 353–54) (my translation). Pages 353–54 and 577–580 refer to the printed edition (Canguilhem 2013).—Tr.]